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Les reines du MBOA BD: Reine Dibussi!

©Reine Dibussi
A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes (et plus globalement pour le mois de la Femme), nous avons pensé à nos reines du Mboa BD. Elles font vivre le mouvement des 9e et 10e Art au Cameroun tout autant que leurs homologues masculins. Arrivés au terme de cette série d’hommage, nous vous avons gardé la cerise sur le gâteau, l’écrevisse sur le Ndolè, le plantain frit de l’omelette. Nous avons nommé, Reine Dibussi.
Normalement, on ne la présente plus dans l’écosystème de la BD en Afrique et dans le Monde. Mais puisqu’on ne peut présupposer des connaissances d’autrui, nous sommes ravis de retransmettre cet échange que l’autrice de Mulatako a bien voulu entretenir avec nous.
MBOABD: Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs du Mboa BD?
Reine Dibussi: Bonjour aux lecteurs et lectrices du groupe Mboa BD. Je suis Reine Dibussi, illustratrice, scénariste et depuis un an, cofondatrice et directrice artistique d’un studio graphique et maison d’édition nommée AFIRI Studio.
MB: Comment êtes-vous arrivée dans le domaine du dessin?
RD: Comme plusieurs artistes du dessin, je n’ai jamais arrêté de dessiner depuis l’enfance. Ensuite, j’ai fait une formation dans une école d’art à Lyon en France et depuis ma sortie, j’ai confirmé mon envie de faire de l’illustration un métier.
MB: Comment vivez-vous votre métier au quotidien en tant que femme?
RD: Heu… de la même façon qu’un homme je pense. ^^ Je rigole, mais à moitié seulement, je vis mon métier comme toute autre personne, c’est à dire que je travaille, je demande à être payée, je suis payée, je paye mes charges et mes équipes et je travaille à rendre mon quotidien vivable.
En fait c’est juste la société qui me voit en tant que femme et quelques fois, met en doute mes compétences, ou pense que je mérite une rémunération plus basse parce que je suis une femme. Donc quand je m’assois devant ma tablette numérique, je me prépare mentalement à en faire plus, pour ne pas laisser ceux ou celles qui pourraient le croire gagner. Et maintenant, en tant que dirigeante d’entreprise j’essaie aussi d’équilibrer les choses pour les autres artistes et collaboratrices femmes avec qui je travaille. C’est plus une gymnastique et une préparation mentale qu’autre chose.
MB: Quel conseil donneriez-vous aux jeunes femmes qui veulent devenir comme vous ?
RD: Je leur dirai de travailler, de persévérer, de fuir la petite voix dans leur tête qui leur dit « tu ne peux pas, c’est trop dur, peut-être qu’on ne va même pas te prendre », et foncer. Je leur dirai aussi que la société qu’il faut convaincre là, c’est des fois la famille très proche, la personne qui partage votre vie, avant même les gens de l’extérieur. Et même si c’est dur, c’est aussi normal, donc il faut passer par cette étape et juste s’y coller. Et mon conseil que je répète depuis des années, ne pas avoir peur ou honte de l’échec. Même quand on échoue, on apprend, et c’est souvent après 10 tentatives qu’on réussit.
MB: Quels sont vos souhaits pour l’avenir de ce domaine au Cameroun ?
RD: Oh, l’avenir est radieux. Le secteur se diversifie, les groupes se forment, les entreprises naissent, d’autres asseyent leur notoriété, les ponts internationaux se font… que demander de plus ? C’est dans cette multitude que chacune et chacun va trouver sa position et c’est cette multitude d’entreprises individuelles ou morales qui crée un vivier. Donc, que tu sois une personne ou une entreprise qui fait de l’illustration ou de la BD, tu es importante dans le domaine. Et du point de vue de la place des femmes, je note également une évolution qui prend en compte la question. Donc je suis aussi optimiste, même si tout un système ne se change pas en un jour, c’est en bonne voie.
MB: Aurons-nous le privilège de vous rencontrer au Mboa BD 2022?
RD: Eeeh je l’espère, j’attends mon invitation officielle !! Héhé ! L’année dernière tout était prêt pour que je sois là, c’est la maladie qui a fait que… Mais ! Je prépare tout pour cette année, car en plus il se pourrait bien que je vienne avec une nouvelle surprise. Non pardon, ce n’est pas le tome 3 de la BD Mulatako, dont la production a cependant bien évolué, mais je n’en dit pas plus…
Merci pour cette interview. Je vous dis à bientôt, dans la Paix, l’Amour et les Plantains frits ! ^^
Eh voilà cher.e.s ami.e.s de la Mboasphère! Nous sommes rendus à la fin de cette série d’hommages. Vous ne pourrez plus dire que vous ne connaissez pas les reines qui gouvernent sur notre belle planète du 9e Art.
Nous avons tenu a les mettre en avant à travers ces articles afin que vous sachiez qui se cache derrière les œuvres que vous appréciez. Mais également afin que ceux et celles d’entre vous, qui sont convaincus que les femmes ne font pas suffisamment leur trou dans la BD, puissent avoir des preuves du contraire. Elles se battent au quotidien, qu’elles soient féministes ou non, afin de vivre dignement de leur métier de bédéistes. En plus, elles sont nombreuses à rejoindre le domaine chaque année. Nous les célèbrerons donc toujours. Rendez-vous de ce fait au festival en fin d’année 2022, vous serez agréablement surpris. D’ailleurs, vous ferez peut-être la rencontre de nos souveraines.




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